Frank J (frankjr19)

Montreal

Frank's Recent Reviews


North by Northwest North by Northwest Unrated
Seen 2 times.

Cary Grant n'est peut-être pas l'être humain le plus intègre au monde en terme d'authenticité, mais force est d'avouer que son jeu convenait parfaitement pour le personnage de Roger O. Thornhill, cet homme d'affaires important victime d'une machination gouvernementale. James Stewart est alors vite excusé de ne pas avoir obtenu le rôle (Hitchcock ne le voulait pas; il paraissait trop vieux) car les dialogues outrecuidants se laissent vite interpréter à merveille par Cary Grant, aisément assisté d'une Eva Marie Saint qui se laisse rapidement désigner comme la meilleure actrice ayant jamais participé dans un film de Hitchock.

D'ailleurs, en terme d'excellence, il s'agit évidemment du meilleur suspense d'Hitchcock, dirais-je, qui est parvenu à maintenir mon attention au plus haut seuil possible, d'ailleurs peut-être même plus que Rope n'était parvenu à le faire. Par contre, j'en suis toujours à hésiter entre Psycho et North By Northwest. Ce dernier rassemble des idées ingénieuses, idées qu'aucun autre suspense n'est jamais parvenu à assembler dans toute l'histoire du cinéma autrement qu'en calquant des idées déjà exploitées.

La force du film? Le caméo d'Alfred.
Dial M for Murder Dial M for Murder PG
Il faut avouer que, progressivement, je commence un peu à me lasser de cette fameuse théorie du crime parfait qui, mine de rien, revient à peu près dans la moitié des films de Hitchcock que j'ai vu. Peut-être aurait-il été temps d'innover puisque ce classique de 1954 était loin d'être le premier genre. Mais le fait est que Knott l'a composé à la Agatha Christie, ce qui a eu tôt fait de me charmer et de m'intriguer tant l'enquête devenait complexe. Bémol majeur, par contre: je m'aperçois que, dans la majorité des films de Hitchcock, les motivations des protagonistes principaux apparaissent souvent absurdes ou injustifiées, ce qui en est venu à me déranger fortement dans mon appréciation du film.

Seule Grace Kelly offre une performance divine (sacrément) en interprétant Margot puisque son personnage passe avec succès à travers une gamme d'émotions explosive dont elle s'acquitte parfaitement. Quant aux deux principales distributions masculines, Ray Milland et Robert Cummings, il me semble qu'on aurait pu choisir mieux puisque leur jeu m'a paru défaillant et stéréotypé à plusieurs reprises...

Frank's Favorite Movies


Underground Underground Unrated
Seen 2 times.

Il était une fois un pays... Et sa capitale était Belgrade, le 6 avril 1941...

Ce pays, c'est la Serbie, c'est l'ex-Yougoslavie. Ce pays, appelez-le comme vous le voudrez. Son nom a très peu d'importance, c'est son passé qui en a. Cette phrase, c'est la phrase d'entrée d'Emir Kusturica dans Underground, c'est la phrase qui précède l'entrée de deux dizaines de musiciens armés de cuivres et de trompettes, dévalant la rue à un rythme effréné, célébrant la révolution sous les liasses d'argent qui tombe du ciel. Cette phrase, c'est le début d'une des plus grandes oeuvres cinématographiques de tous les temps.

Le film est, d'abord et avant tout, divisé en trois parties de durées approximativement égales. Dans la première, La Guerre, on retrouve d'abord et avant tout Blacky, un escroc électricien, Marko, secrétaire du parti communiste de Yougoslavie et Ivan, adolescent et gardien du zoo de Belgrade, accompagné de son meilleur ami, le chimpanzé Soni.

Tout commence alors que le spectateur suit les traces d'Ivan, affairé à nourrir les tigres de son zoo... Et les bombes fusent, et le zoo est détruit, et Belgrade est meurtri. Les animaux s'enfuient, les Nazis bombardent la capitale; Belgrade devient un zoo humain. Marko, profiteur comme il est, convainc donc une vingtaine de personnes de venir se mettre à l'abri dans la cave de son grand-père, un vrai bunker sous terrain. La population se reproduit, un village version miniature prend vie. Ils y fabriquent des armes pour la révolution de la Yougoslavie, tandis que Marko se sacrifie en haut et organise un réel trafic d'armes.

Entre-temps, les Alliés l'emportent sur l'Allemagne, et la 2ème Guerre Mondiale prend fin, comme l'histoire nous l'a appris. Seulement, Marko ne le dira pas à ses amis dans la cave... Et continuera plutôt de les exploiter pendant 20 ans encore, entretenant l'illusion de la terrible guerre qui gronde au-dessus d'eux, utilisant leurs armes pour créer un véritable trafic d'arme qui le fera devenir riche. Ils y resteront enfermés jusqu'en 1992, alors que la Guerre Froide sera à son apogée. Et tous auront à assister à la mort et à la déchéance de leur pays, et personne n'échappera au plongeon du délire, à l'apothéose de la débauche.

Par Underground (1995), Kusturica nous offre un autre épisode de la vie de la Yougoslavie, un chef-d'oeuvre douloureux pour l'âme, usant à merveille de la poésie visuelle, comme il s'en servira d'ailleurs plus tard dans Black cat, white cat (1998) et La vie est un miracle (2004). On songera d'ailleurs à la présence d'une colombe sur un tank de guerre, parfaite illustration de l'oeuvre.

Kusturica allie brillamment réalité et fiction, et c'est là que le débat de la dualité déploie ses ailes et prend son envol. Des montages historiques réels et fictifs s'entrecoupent, ajoutant Marko dans de grands évènements historiques, ajoutent tout d'abord de la crédibilité à l'?uvre. Mais le plus fort est encore à venir, alors que le spectateur se retrouve confronté à une puissante mise en abîme, tandis que Marko devient un leader politique important et qu'un réalisateur veut tourner un film sur son histoire et sur celle de Blacky, ce héros national ''mort'' pour sa patrie il y a 20 ans.

Bien sûr, le film est un ''tantinet'' faussé, puisque le script se base sur le point de vue de l'hypocrite Marko. Un film dans un film. Pastiche du scénario d'Underground ou pastiche de Kusturica lui-même? On assiste également à une autre dualité tandis que la première moitié du film traite de la guerre, mais est incroyablement joyeuse, ponctuée de musique entraînante et de rires éclatants, alors que la deuxième partie, alors que la guerre est terminée, se veut incroyablement dramatique et douloureuse, alors que tous auront à vivre la désillusion de 20 années de mensonges.

Plusieurs thématiques sont constamment exploitées tout au long de la réalisation, mais celles qui retiennent le plus notre attention sont l'utilisation de la musique et l'utilisation du burlesque. La musique est effectivement omniprésente tandis qu'une troupe de musiciens suit nos deux héros principaux tout au long du film, musique qui donne clairement le ton à l'oeuvre. Mais le burlesque - ah! le burlesque - fascine réellement. La guerre y est parfois dédramatisée à un tel point (Marko se masturbant et ne pouvant éjaculer que lorsque Belgrade se fait bombarder) et, au contraire, la paix y est parfois si atrocement décrite (un des derniers plans montre Jésus sur la croix, tête en bas, prouvant que même Dieu a abandonné la Yougoslavie) que Kusturica nous tient suspendu par l'iris pendant presque trois heures, notamment avec des dialogues épicés et réfléchis, et deux acteurs principaux qui sont franchement à couper le souffle.

Et dire qu'il existe une version allongée de plus de cinq heures de ce film...

Dieu que c'est douloureux pour l'âme.
Eyes Wide Shut Eyes Wide Shut R
Au bout d'un moment, on commence à se poser certaines questions. Où veut donc en venir Stanley Kubrick avec ce scénario pervers, ces images nullement impressionnantes et ce style qui ne lui ressemble pas? Pourtant, les attentes sont grandes, et les critiques sont acerbes. Serait-ce donc cette dernière réalisation, dotée du record Guinness du plus long tournage jamais réalisé, qui aurait achevé le cinéaste?

Mais, au fur et à mesure que les doutes augmentent, ils se dissipent tout autant. Car les personnages frôlent le summum de la perversité, sans jamais même y plonger, à un point tel que le spectateur se doit de remettre en question sa définition même de la moralité de l'individu. Jusqu'où peut-on aller sans s'aventurer jusqu'au point de non-retour? Trompe-t-on au moment où l'on pénètre, où l'on touche ou où l'on pense? Que de questions auxquelles Kubrick lui-même ne répond pas, et ne répondra d'ailleurs jamais.

Ce qui est clair, c'est qu'au lieu d'y voir supposément des références à l'ensemble de sa carrière, j'y vois, réellement, un scénario si pervers et si absurde qu'il s'approprie nettement des caractéristiques de l'oeuvre de Franz Kafka. Si la sensualité n'avait pas été autant prononcée, j'aurais pu mettre ma main au feu que Kafka lui-même aurait pu écrire un tel scénario.

Et qui dit Kafka, dit adoration. On n'y échappe pas.

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