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My Favorite Movies


  1. alexroy69
  2. Alexandre

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1
12 Angry Men (Twelve Angry Men) 1957,  Unrated)
12 Angry Men (Twelve Angry Men)
Un jury composé de douze hommes doit décider du sort d'un jeune garçon accusé du meurtre de son père. Tout le condamne en apparence, mais un seul des membres le croit innocent. Il devra le prouver aux autres. De très solides performances de la part des acteurs. Les tensions sont palpables et superbement bien exploitées. La progression du suspense est extrêmement efficace et les dialogues de première qualité.

Il s'agit là d'un huis-clos dans la plus pure forme, et pourtant on ne s'ennuie pas le moins du monde, en partie grâce au travail de réalisation virtuose de Sydney Lumet. Le film soulève bien des questions sur le système de jugement démocratique et sur son efficacité. Pas d'invraisemblances ici, pas de protagoniste génial ayant déchiffré toute l'affaire grâce à sa clairvoyance inébranlable. Seulement un homme qui doute et qui amène ses semblables à se questionner. Un film sans failles, un classique absolument incontournable, bref, un grand film.
2
2046 2004,  R)
2046
Dans cette "semi-suite" à l'excellent In the Mood for Love, on retrouve le personnage de Chow qui, transformé suite à sa douloureuse histoire avec Su Li Zhen, s'adonne au jeu, à la boisson et aux plaisirs de la chair. Il fera la rencontre de plusieurs femmes qui viendront l'influencer dans l'écriture de son roman sur un jeune homme amoureux d'une androïde. Bien entendu, l'histoire est plus complexe que ça, mais je ne voudrais pas risquer de dévoiler quoi que ce soit. Ce film est un autre coup de génie de la part de Wong Kar Wai. En plus d'avoir un scénario original et captivant, la photographie est tout simplement magnifique. Chaque plan est une oeuvre d'art en soi. Les costumes sont sublimes, la narration poétique et le jeu des acteurs toujours impeccable. Il est difficile de trouver un point négatif à ce film. À voir à tout prix.
3
Aguirre, der Zorn Gottes (Aguirre, the Wrath of God) 1972,  R)
Aguirre, der Zorn Gottes (Aguirre, the Wrath of God)
Un film du plus grand intérêt, tant sur le plan du fond que de la forme. Tourné en majeure partie la caméra au poignet, ce qui lui confère un petit côté amateur qui rehausse le réalisme de l'ensemble. Un travail impeccable de la part des acteurs, des paysages à couper le souffle et une réflexion sombre sur les illusions de grandeur de la race humaine et tout le ridicule de celle-ci. Klaus Kinski sort bien entendu du lot; au travers de la mégalomanie de son personnage, on ressent la mégalomanie réelle de l'acteur qui s'abîme complètement dans son rôle. Une oeuvre tordue et intemporelle.
4
Annie Hall 1977,  PG)
5
Baisers Volés (Stolen Kisses) 1968,  R)
Baisers Volés (Stolen Kisses)
Avec Antoine et Colette, un court métrage s'inscrivant dans le film à sketches L'Amour à vingt ans, Truffaut renoue avec son personnage Antoine Doinel, héros de son succès Les 400 coups. Antoine a maintenant 18 ans et l'on suit sa relation avec Colette, une jeune femme dont il s'éprend follement mais qui ne partage pas ses sentiments. Un petit film léger, tourné avec compétence et parsemé de jolies images. Par contre, le jeu des comédiens semble un peu forcé, particulièrement celui de l'actrice qui incarne Colette, dont les intonations frisent l'incompétence.

Suite directe se déroulant quelques années plus tard, Baisers volés est un long métrage abouti, toujours dans le style épuré de la Nouvelle Vague. Léaud sait rendre attachant son personnage d'Antoine, dont les travers sont pourtant nombreux. Alliant le comique presque burlesque à l'analyse psychologique de la passion amoureuse, Truffaut réalise un film profond et divertissant, qui nous fait rire aux éclats sans jamais vraiment tomber dans la facilité. Sa technique cinématographique est toujours aussi raffinée mais n'empiète jamais sur la fluidité du récit.
6
Barton Fink 1991,  R)
Barton Fink
Succulicieux long métrage. Tout y est pratiquement parfait. J'ai du mal à émettre un commentaire tant je n'ai que mon chapeau à lever à ce film en tous points. Je le conseille.
7
The Best Years of Our Lives 1946,  Unrated)
The Best Years of Our Lives
Un film de 1946 d'une durée de 172 minutes sur le retour au foyer de trois combattants de la Seconde Guerre et leur réhabilitation difficile. Ce qui s'annonçait d'une lourdeur insoutenable s'est finalement avéré captivant et agréable. On s'abîme dans l'univers du film dès les premières minutes, le charisme des acteurs et la fluidité des dialogues aidant. On ne peut s'empêcher de partager la nervosité des protagonistes et de se demander ce qui va bien leur arriver, si tout va bien aller pour eux et à quoi va ressembler la suite de leur vie après cette épreuve affligeante.

La bonne nouvelle, c'est que Wyler ne s'est pas contenté de simplement présenter des personnages au destin pathétique et aux vies détruites par les souvenirs de la guerre. En fait, ce n'est pas du tout le point ici. Le ton n'est pas tant dramatique que terre à terre. Chacun des personnages s'en sort comme il peut avec ce qu'il a et s'efforce de résoudre ses problèmes particuliers. Comme il avait le nez planté dans son sujet, Wyler a sans doute pu capturer avec plus de nuances les divers problèmes des soldats qui reviennent dans un monde changé avec peu ou pas de ressources.

Il s'agit d'un grand film, superbement réalisé, avec un souci du détail visuel et psychologique qui lui permet de traverser les années sans prendre une ride et de s'imposer en vibrant témoignage d'une époque compliquée et souffrante pour bien des gens. Se doit de figurer à toute collection de classiques qui se respecte.
8
The Big Heat 1953,  PG)
The Big Heat
Le film noir dans son incarnation la plus classique: un policier en colère, un système corrompu, une femme de caractère et une quête effrénée de vengeance. Pas de grande innovation ici, mais c'est tout aussi bien comme ça. Fritz Lang maîtrise parfaitement le genre et tout coule de source.

L'intrigue est particulièrement captivante et le rythme rapide du film la soutient bien. Le spectateur se sent personnellement impliqué dans l'enquête du protagoniste qui cherche à venger le meurtre gratuit de sa femme. Le héros se fond à merveille dans l'archétype du personnage de film noir, entêté, violent et doté d'une répartie cinglante.

Une oeuvre aboutie qui occupe une place de choix dans la filmographie de Fritz Lang. Probablement la plus célébrée de sa série de films noirs, suivie de près par Scarlet Street et Woman in the Window.
9
Blue Velvet 1986,  R)
Blue Velvet
Très névrosé comme film, très Lynch. J'ai beaucoup aimé. Au départ je trouvais ça lent, je me demandais la direction que ça allait prendre, mais plus le film avançait, plus l'atmosphère malsain et mystérieux s'installait et plus je me laissais envelopper dans la trame étrange des événements. Un Lynch accessible, mais somme toute assez dérangeant.
10
The Discreet Charm Of The Bourgeoisie (Le Charme Discret de la Bourgeoisie) 1972,  PG)
The Discreet Charm Of The Bourgeoisie (Le Charme Discret de la Bourgeoisie)
Une satyre sociale hilarante de la classe bourgeoise. Fidèle à lui-même, Buñuel est complètement surréaliste et déroutant. Le film n'a aucune intrigue à proprement parler, aucun véritable fil conducteur, mais on s'abandonne vite à cet enchevêtrement de situations et d'humour absurdes au possible. Le rythme lent et la construction décousue du long métrage en endormiront plus d'un, mais d'autres seront comblés; il va sans dire que ce n'est pas pour tout le monde, mais en ce qui me concerne, j'ai beaucoup aimé, et beaucoup ri!
11
Clerks 1994,  R)
12
Crimes and Misdemeanors 1989,  PG-13)
13
Domicile Conjugal (Bed & Board) 1970,  PG)
Domicile Conjugal (Bed & Board)
Le quatrième film dans la série des aventures d'Antoine Doinel. Un portrait intelligent d'un couple marié très jeune. Les dialogues sont superbes, tantôt hilarants, tantôt d'une tristesse subtile, et les situations évoquent toujours quelque chose de vrai, un lieu commun revisité avec subtilité et esprit.

Plusieurs scènes portent des traces de génie, notamment celle où Antoine ne cesse de téléphoner Christine alors qu'il est au restaurant avec une autre. La réalisation est effacée, mais efficace. Truffaut est au sommet de son art en tant qu'auteur et fait preuve d'une grande sensibilité. Ses personnages se complexifient, embellissent, gagnent en richesse. Un film mémorable en ce qui me concerne.
14
Dr. Mabuse the Gambler (Dr. Mabuse, der Spieler - Ein Bild der Zeit) (Dr. Mabuse, King of Crime) 1922,  Unrated)
Dr. Mabuse the Gambler (Dr. Mabuse, der Spieler - Ein Bild der Zeit) (Dr. Mabuse, King of Crime)
Moins d'une année après le dévoilement de son chef-d'oeuvre Der Müde Tod, Fritz Lang récidive avec Docteur Mabuse le joueur, oeuvre aux proportions épiques, divisée en deux parties et totalisant quatre heures et demi de pur bonheur. Véritable fresque de l'Allemagne sous la république de Weimar, ce puissant long métrage démontre toute l'étendue du génie intuitif de Lang, et ce dès les premières scènes. Le plan d'ouverture montrant les mains de Mabuse qui tiennent une série de cartes à l'effigie de ses multiples déguisements, puis la scène de la bourse, où il trône sur un piédestal et regarde la foule apeurée gigoter comme des mouches, tous deux contribuent à donner le ton au public, à cerner en quelques instants cet homme étrange qui semble peu à peu prendre les rênes de la ville.

Cette ville, Lang la présente comme le berceau de tous les vices, étalant une vaste galerie de personnages rebutants: cocaïnomanes, joueurs compulsifs, danseuses nues et prostituées se donnent la réplique, alors que le terrifiant Mabuse jette son ombre sur cette plèbe pervertie, exploitant leur vice avec l'intelligence d'un véritable maître-arnaqueur. Dans le contexte de l'économie chancelante de l'époque, Mabuse fait figure de vautour, se nourrissant à satiété de corps qui n'ont pas encore exhaler leur dernier souffle. Il est fort probable que de tels hommes aient existé sous diverses formes, et en ce sens le personnage de Mabuse, avec ses mille visages, les regroupe tous, en plus d'être l'archétype de ses nouveaux riches dont le seul but était d'amasser du pécule.

Le jeu de Rudolf Klein-Rogge, qui interprète avec brio l'énigmatique Docteur Mabuse, est encore davantage rehaussé en qualité par la présence de son alter-ego von Wenk, personnifié par nul autre que Bernhard Goetzke, la Mort de Der Müde Tod. Ces deux grands acteurs du cinéma muet s'entrechoquent merveilleusement pour donner lieu à l'une des plus enlevantes courses folles de l'histoire du cinéma policier. Docteur Mabuse le joueur annonce d'ailleurs un genre à venir, avec son montage rapide et sa progression "nerveuse", qui trouvent aujourd'hui leur aboutissement dans plusieurs blockbusters américains et semblent être à la base du film noir qui se développera davantage dans les années 30, 40 et 50.

Bien que le cinéma allemand nage en plein expressionnisme (le Caligari de Weine datant de 1919, le Golem de Wegener de 1920, et le Nosferatu de Murnau de 1921), Lang nie avec virulence sa participation au mouvement. Cependant, bien des scènes de Docteur Mabuse le joueur y sont profondément ancrées: pensons notamment à celle du suicide du comte Told, qui se jette de part et d'autre de l'immense pièce centrale de son manoir en hallucinant une représentation fantomatique de lui-même, ou encore à celle du meurtre de Hull dans une rue sombre et peu accueillante, étroite et pleine d'ombres effrayants. S'il est vrai donc que le film ne s'inscrit pas dans la pure tradition de l'expressionnisme allemand, il est indéniable que Lang n'échappe pas complètement à la tendance. Docteur Mabuse le joueur est cependant plus influent qu'il n'est influencé et amène le spectateur vers des avenues qui sont aujourd'hui des lieux communs, mais avec la fraîcheur de celui qui fait le premier pas.
15
The Elephant Man 1980,  PG)
16
Eraserhead 1977,  R)
17
Fanny och Alexander (Fanny and Alexander) 1982,  R)
Fanny och Alexander (Fanny and Alexander)
C'est le genre de film qui se place dans la catégorie des expériences. On sait qu'il va nous suivre toute notre vie, et que chaque nouveau visionnage sera tout aussi enrichissant que le précédent. Une oeuvre qui vieillit avec ses spectateurs. Bergman y a mis ses trippes, son coeur et plus encore. Toute son expérience en tant que cinéaste mais également en tant qu'homme est mise à profit dans ce qui devait être son dernier film, son chant du cygne. On se laisse bercer par la splendeur des scènes sur lesquelles on vogue tranquillement, oubliant tout à fait les cinq heures qui semblaient a priori si imposantes.

Le travail des acteurs ne pourra jamais être salué à sa juste mesure. Chacun y fait un travail plus que remarquable, avec une mention spéciale à Jan Malmsjö pour son interprétation poignante du terrifiant évêque et au jeune Bertil Guve qui devait avoir beaucoup de pression et s'en est admirablement bien tiré. Mais au-delà de la profondeur du scénario et du réalisme des dialogues se trouve le sublime, impeccable travail de photographie de Sven Nykvist. Sa maîtrise de l'éclairage et des agencements de couleurs confère un charme onirique à chacune des scènes et Bergman lui doit définitivement beaucoup. Sans lui, tout n'aurait probablement pas été si magique.

Un chef d'oeuvre absolu, une des plus belles oeuvres cinématographiques qu'il m'ait été donné de voir. Un cadeau des dieux.
18
Fitzcarraldo 1982,  PG)
Fitzcarraldo
La seule collaboration Herzog/Kinski que je n'avais pas encore vue, et fort probablement le meilleur des cinq films, suivi de très près par Aguirre, la colère de Dieu. Décidément, je lève mon chapeau bien haut à Herzog pour sa persévérance et son incroyable talent à diriger des foules d'acteurs inexpérimentés dans des conditions tout ce qu'il y a de plus difficile. Le résultat est bien entendu grandiose à tous les coups, donc au moins il ne bûche pas pour rien.

Histoire très inspirante de l'obsession d'un homme pour un projet en apparence farfelu, celui de bâtir une salle d'opéra dans sa petite ville forestière. Pour se faire, il tentera de déplacer un bateau à vapeur de 300 tonnes par-dessus une montagne pour rejoindre un territoire fertile en hévéa, sorte d'arbre exploité pour la production de caoutchouc, l'une des plus importantes industries de l'époque. Entreprise démesurée à la hauteur de la folie de son concepteur.

Mais le plus fou est bien entendu Herzog qui a réalisé cette prouesse sans l'aide d'effets spéciaux. Son oeil de documentariste pour capturer toute la beauté des paysages naturels apporte une touche encore plus réaliste au film qui se veut finalement une oeuvre plus grande que nature qui en impose sur tous les plans. Une autre performance solide de la part de Klaus Kinski qui ne fait pas de concession dans son jeu. Un film avec un grand "f".
19
Fury 1936,  Unrated)
Fury
En mai 1934, le producteur David Selznick, de passage en Europe, propose à Fritz Lang un contrat à la MGM. Il embarquent ensemble quelques semaines plus tard pour les États-Unis, pays que le cinéaste a visité quelques années plus tôt avant de tourner Metropolis. Pendant deux ans, Lang travaille à des scénarios qui n'aboutissent pas, se fait refuser des projets et traîne dans les salons d'artistes en se plaignant de sa situation. Puis, au début de l'année 1936, le jeune producteur Joseph Mankiewicz convainc le studio que Lang est le réalisateur idéal pour mener à terme Fury, un film qu'il a imaginé avec le scénariste Norman Krasna. Lang rédige un scénario avec Bartlett Cormack, puis le tournage débute au printemps. Mais Lang a bien du mal à s'adapter aux méthodes américaines; il se brouille avec son équipe, puis avec son producteur, il tente d'imposer ses méthodes de travail, mais doit se plier à des exigences qui lui paraissent ridicules (les pauses déjeuners doivent être respectées à la minute près...). Comme le dira plus tard Mankiewicz, ce devait être fort difficile pour le sur-homme derrière Die Nibelungen et Metropolis de se plier à de telles pacotilles. Il mène quand même le projet à terme, et le résultat est un film saisissant, bouillant d'actualité et fort audacieux.

Car il faut bien l'avouer, pour une première réalisation en sol américain, Lang n'y va pas de main morte. S'attaquant de front à un problème de société alors en pleine expansion, celui du lynchage et de la justice populaire, il fait en quelque sorte preuve d'un culot presque effronté. À peine débarqué d'Europe, il signe un film engagé au sujet controversé qui fera frémir les exécutifs de la MGM. Mais de fil en aiguille, malgré quelques scènes coupées et quelques idées abandonnées, il arrive à présenter au peuple américain une oeuvre coup-de-poing qui les frappe de plein fouet. L'histoire est assez simple: Katherine Grant et Joe Wilson projettent de se marier, mais doivent d'abord se séparer pendant un an afin d'économiser chacun de leur côté. Un an plus tard, alors qu'il est en route pour rejoindre sa fiancée, Joe est arrêté par l'adjoint du shérif local et emmené au poste pour subir un interrogatoire. On l'accuse d'avoir participé à l'enlèvement d'une jeune fille du village, puis il est retenu prisonnier. De rumeurs en ouïe-dires, la colère du peuple prend des proportions démesurées: il décide que Joe ne sera pas protégé par une justice trop clémente et qu'il doit payer pour son crime. Une foule immense et enragée assaille le poste de police pour lui faire la peau. Incapables d'atteindre sa cellule, les citoyens mettent le feu à la bâtisse en laissant Joe pour mort.

Seulement il a survécu et il est bien résolu à venger cet acte de barbarie. Fury, c'est d'abord le récit de cette vengeance, de la désillusion qui s'empare d'un homme et le transforme en bête sauvage. L'interprétation de Spencer Tracy est mémorable. Autant le Joe d'avant l'incident, amoureux, doux, protecteur, droit, est crédible, autant celui qui s'extirpe des flammes, enragé, cynique, colérique, l'est tout autant, même davantage. Ici, Lang s'attaque à une situation bien précise, en perfectionnant les techniques qui ont fait sa renommée. L'économie narrative de M trouve ici sa continuité et son aboutissement logique. En quelques minutes, par une série de courtes scènes qui s'enchevêtrent parfaitement, Lang expose la montée de la hargne au sein de la ville, résultat de l'illustre "téléphone arabe", du bouche-à-oreille malfaisant. Les phrases sont courtes, l'essentiel seul est dit et montré. Pas de perte de temps, pas de dialogue inutilement bavard. Puis lorsque la foule en délire se rue finalement sur le poste pour lyncher le pauvre Joe, Lang se sert de son expérience sur le tournage des Nibelungen et de Metropolis pour mener une autre de ses illustres peintures de groupe, dirigeant la troupe d'acteurs et de figurants avec l'art et la rigueur qu'on lui connaît. Scène extrêmement angoissante, l'assaut du poste de police est un grand moment de cinéma.

Film aux genres multiples, d'abord une amourette à l'eau de rose, puis une étude de foule, et enfin un drame légal, Fury est avant tout la dénonciation d'un mal qui ronge de plus en plus les entrailles de la nation américaine. Le procès des vingt-deux présumés lyncheurs en témoigne avec beaucoup d'énergie, et l'acharnement dont l'avocat fait preuve pour faire condamner les fautifs n'est que le reflet des convictions du cinéaste, qui a beaucoup lu sur le sujet. Le plaidoyer de l'avocat en témoigne, et lorsqu'il fait intervenir les chiffres et décline le nombre de cas de lynchage par année aux États-Unis, en brandissant un doigt accusateur vers la caméra, c'est un splendide coup de poing au visage! Ingénieusement réalisée, cette oeuvre qui n'a pas pris une ride se déguste comme un bon vin. Évitant d'identifier clairement les bons et les vilains, elle jongle constamment entre les deux pôles et pousse le spectateur à se poser des questions d'ordre moral. On peut reprocher à Fury une finale hollywoodienne, conventionnelle et bâclée, mais ce n'est que le résultat des pressions incessantes de Mankiewicz. Fury n'en demeure pas moins un chef-d'oeuvre, véritable résumé de l'art langien et absolument incontournable.
20
GoodFellas 1990,  R)
GoodFellas
Mon premier véritable film de Scorsese, dont je n'avais jusqu'ici vu que le très réussi segment dans le film New York Stories, avec Woody Allen et Coppola. Je réalise à quel point ça manquait à ma culture, puisqu'il s'agit de l'un des plus grands réalisateurs américains de notre époque, et il le prouve hors de tout doute avec Goodfellas, l'histoire du gangster Henry Hill et de ses compatriotes mafieux.

La réalisation est grandiose; chaque scène est superbement orchestrée, pas un plan n'aurait pu être mieux pensé. La direction photographique est également splendide, tout ça a un rendu très léché, très travaillé. L'aspect technique toutefois s'efface pour faire place à l'histoire, à l'intrigue prenante et dirigée par une narration judicieusement utilisée, qui nous guide vers l'aboutissement logique du récit sans que l'on s'en aperçoive réellement. Les acteurs se donnent à fond, De Niro fait évidemment un mafieux fort crédible et Ray Liotta personnifie Henry Hill avec brio. La palme revient toutefois à Joe Pesci pour son rôle de Tommy, le petit italien nerveux à la gâchette facile qui est à la fois le "comic relief" et le centre du drame.
21
Hannah and Her Sisters 1986,  PG-13)
22
High and Low (Tengoku to jigoku) (Heaven and Hell) 1962,  Unrated)
High and Low (Tengoku to jigoku) (Heaven and Hell)
J'ignore par où commencer mon éloge de ce chef-d'oeuvre qui m'a donné envie de me louer toute la filmographie de Kurosawa. La première moitié du film se passe en majeure partie dans la même pièce, mais quelle tension, quel jeu de la part des acteurs! On croirait du théâtre, surtout à cause des plans larges de Kurosawa qui embrassent souvent tous les personnages présents. Mais pas du théâtre ennuyant, du film noir théâtrale plutôt, avec une intensité presque insoutenable.

L'enquête se déroulant dans la seconde moitié du film est un bijou de suspense policier. Kurosawa utilise la tension qu'il a tranquillement fait grimper dans la première partie pour propulser l'intrigue dans une course folle et effrénée qui emporte avec elle le spectateur, les ongles plantés dans son siège. On a l'impression de participer à l'enquête dans les premières loges, en plus de voir les réactions de l'ennemi, quel privilège! Inutile de dire que je recommande fortement...
23
The Killing 1956,  Unrated)
The Killing
Deuxième long métrage d'un jeune Kubrick alors âgé de 28 ans et faisant déjà montre d'un immense talent de réalisateur. Mise à part la narration un peu caricaturale pour un public contemporain, le film a très bien vieilli. Photographie très esthétique et léchée. La progression de l'intrigue et du suspense est accrocheuse et certaines scènes se démarquent comme modèles du genre. Un bijou de film noir, supérieur à mon avis à beaucoup des oeuvres plus connues de Kubrick.
24
Kiss Me Deadly 1955,  Unrated)
Kiss Me Deadly
Victime d'une tentative de meurtre après avoir embarqué une jeune femme sur le bord de la route, un détective privé mène sa propre enquête pour retracer ses bourreaux et découvre qu'ils sont en fait à la recherche d'un mystérieux objet. Un film noir bien tourné, rempli de rebondissements cocasses et de scènes qui font sourire.

Aldrich semble s'amuser avec les clichés du genre tout en le maîtrisant parfaitement. Son héros est à toute épreuve: fort, viril, séduisant les femmes sans se soucier d'elles et toujours sur une nouvelle piste. Le ton du film est constamment sur la mince ligne entre le sérieux et l'humour pince-sans-rire. On y trouve même une subtile touche de fantastique. Un long métrage très divertissant à l'esthétique soignée.
25
The Lady Vanishes 1938,  PG)
The Lady Vanishes
Marquant la fin de la période britannique du grand réalisateur, The Lady Vanishes est en quelque sorte l'exemple parfait de son art, comme l'a justement noté Truffaut. Tout ce qui a fait son succès s'y trouve, au moins au stade embryonnaire: sa célèbre technique du MacGuffin, un couple d'acteurs à la chimie parfaite, des dialogues au charme et à l'intelligence indéniables, puis ce flair pour le suspense qui en a fait le maître incontesté.

L'esthétique du film est très soignée, comme beaucoup d'oeuvres des années 30 dont les artisans travaillèrent d'abord dans le cinéma muet. Les contrastes et l'éclairage sont donc de première importance. Beaucoup de prises de vues audacieuses sont époustouflantes, surtout pour l'époque. Le premier traveling au-dessus de la ville, qui semble être une maquette habilement déguisée, fait sourire mais demeure agréable à l'oeil et sert d'exemple de ce que pouvait faire un réalisateur inventif avec les moyens de l'époque. L'un de ces classiques immortels qui méritent d'être vus et revus.
26
The Tenant 1976,  R)
The Tenant
Voilà un film qui était dû pour un solide revisionnement. C'est fort probablement le meilleur film de Polanski, en quelque sorte la quintessence de ce qu'il avait commencé avec "Repulsion". Je suis officiellement vendu à cette ambiance angoissante digne de Kafka où un seul individu se heurte à l'hostilité absurde de la masse.

Quelques moments sont prodigieusement effrayants. La scène où Trelkovsky regarde au travers de la fenêtre de la salle de bain et se voit lui-même en train de se regarder dans l'autre fenêtre donne presque la chair de poule. C'est fou comme Polanski exploite bien l'ambiance étouffante de l'appartement qui devient comme un étau physique et psychologique.

Tout ça couronné par le toujours admirable travail de photographie de Sven Nykvist qui confère au film une esthétique glauque qui renforce encore davantage la lourdeur de l'ambiance. Je suis peut-être un peu moins fou des scènes où Trelkovsky se déguise en femme, mais bon, elles sont évidemment essentielles, donc on va faire avec. En tout et pour tout un foutu de bon film.
27
M 1931,  Unrated)
M
À la fin des années 20, Fritz Lang n'est déjà plus le grand réalisateur qu'il a déjà été. L'échec retentissant de Metropolis et de Frau im Mond, en plus de la relative indifférence avec laquelle le public a reçu Spione, le place dans une position un peu désagréable. Ses accords avec la UFA étant rompus et sa compagnie de production s'étant écroulée, il n'a plus les moyens financiers pour réaliser une autre méga-production. Inspiré de l'affaire du "vampire de Düsseldorf", meurtrier en série arrêté en mai 1930, ainsi que d'une panoplie de cas semblables sévissant en Allemagne à l'époque, Lang rédige avec sa femme le scénario de M, qui deviendra sans doute son plus grand film. Le réalisateur envisageait cette oeuvre comme un "petit film", qu'il tournera d'ailleurs à petit budget en un modeste six semaines.

L'ère du cinéma parlant est bien entamée, et Lang décide de s'y adapter. Mais loin de souffrir de la lourdeur des techniques de sonorisation qui font des premiers "talkies" de petites productions au rendu théâtral, M fait figure de pionnier et démontre une fois de plus toute l'audace et l'intuition dont Fritz Lang fait preuve. Le son est ici utilisé comme élément dramatique. Par exemple, lorsque l'aveugle se bouche les oreilles pour ne pas entendre le sifflement horrible de Beckert, le public ne l'entend pas non plus. Puis lorsque le silence complet et anormal de la rue est rompu par un sifflet autoritaire, le spectateur est automatiquement placé en position d'attente anxieuse, se préparant pour quelque chose de significatif, voire même de grave. Lang utilise également les dialogues comme moyens de faire des raccords entre les scènes, en poursuivant par exemple la phrase d'un passant au sujet de l'affiche de rançon du meurtrier dans une autre scène où il se trouve autour d'une table, et ce sans effectuer de cassure sonore. Cette technique permet également une grande économie narrative et se révélera essentielle à l'art cinématographique tel qu'on le connaît aujourd'hui.

Le sifflement du meurtrier Beckert est d'ailleurs d'une grande importance, puisqu'il s'investit d'un puissant pouvoir de suggestion et se révèle être un accessoire de premier plan dans le déroulement de l'intrigue. Encore une brillante utilisation du son de la part de Lang. Mais ce qui frappe également dans M, c'est la psychologie des personnages qui est développée avec un grand réalisme. Plutôt que de dépeindre le meurtrier comme un imbécile dégénéré, Lang le présente sous les traits d'un homme malade mais intellectuellement capable. Sa présence plonge la ville dans la paranoïa la plus basse. Chacun est prêt à accuser l'autre. Un vieillard qui parle gentiment à une petite fille devient la cible d'un tribunal improvisé qui le condamne d'emblée. La pègre même se mêle de la course folle pour mettre un terme aux interventions incessantes et dérangeantes des policiers. Tous se réunissent dans le seul dessein d'attraper le tueur et de venger le meurtre des enfants de la seule façon possible: l'éliminer.

Ce qui nous mène à la scène finale, le procès de Beckert devant le tribunal de la pègre, d'ailleurs composé en partie de véritables criminels (24 d'entre eux seront emprisonnés d'ici la fin du tournage...). Peter Lorre, que l'on retrouve ici pour la première fois à l'écran dans un rôle principal, surpasse à peu près tous les acteurs ayant incarnés des meurtriers psychopathes dans l'histoire du cinéma. La puissance de son jeu est inouïe. Ses mimiques expressionnistes projettent les émotions au travers de l'écran pour percer d'un seul jet l'esprit et le coeur du spectateur, ce qui fait de son monologue final un véritable monument. Un type de jeu qu'on ne voit plus de nos jours et sur lequel plusieurs aspirants comédiens devraient se modeler. Il y a dans tous les films de suspense modernes et moins modernes des traces de M. Tout ici est suggéré, mais suggéré avec tant d'adresse que l'absence de violence à l'écran est plus efficace que si tout était montré. L'intrigue est simple mais percutante. Un chef-d'oeuvre incontournable, une leçon de réalisation pour tout aspirant metteur en scène, un film colossal et étonnant.

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